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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 20:57

 

Voici un texte qui me parait intéressant sur la Révolution française. Il est d'Alexandre Dumas ; extrait de son roman historique « Les Blancs et les Bleus » publié en 1867 en feuilleton et en 1868 en livre.

Ces extraits se trouvent dans la partie 2 de l’œuvre, intitulée « le 13 vendémiaire », à partir du chapitre 1, le texte de Dumas est en italique, le reste constitue des précisions que j'ai ajoutées pour éclairer le texte de Dumas :

« ...ces deux terribles et cependant inévitables années 1794 et 1795...la Révolution avait dévoré ses enfants. Voyons à l’œuvre cette terrible marâtre.

Le 5 avril 1794, les cordeliers ont été exécutés.

Danton, Camille Desmoulins, Basire, Chabot, Lacroix, Hérault de Séchelles, et le pauvre poète martyr Fabre d'Eglantine, l'auteur de la plus populaire de nos chansons populaires : il pleut, il pleut bergère, sont morts ensemble, sur le même échafaud, où les ont poussés Robespierre, Saint-Just, Merlin (de Douai), Couthon, Collot d'Herbois, Fouché (de Nantes) et Vadier.

Puis est arrivé le jour des jacobins.

Vadier, Tallien, Billaud, Fréron accusent Robespierre d'avoir usurpé la dictature, et Robespierre, la mâchoire brisée d'un coup de pistolet (coup de pistolet attribué au gendarme Merda), Saint-Just, la tête haute, Couthon, les deux jambes broyées, Lebas, leurs amis enfin, tous ensemble, au nombre de vingt-deux, sont exécutés le lendemain de cette tumultueuse journée qui, dans l'histoire, porte la date fatale du 9-Thermidor (27 juillet 1794).

Le 10 thermidor, la Révolution vivait toujours, parce que la Révolution était immortelle, et qu'il n'appartient pas à un parti qui s'élève ou qui tombe de la tuer ; la Révolution vivait toujours, mais la République était morte !

Avec Robespierre et Saint-Just, la République a été décapitée...

Le lendemain et le surlendemain, quatre-vingt-deux jacobins suivirent Robespierre, Saint-Just et leurs amis sur la place de la Révolution. (c'est là que se trouvait la guillotine, aujourd'hui place de la Concorde)...

Le 17 mai 1795, un décret fermait définitivement la salle des Jacobins, berceau de la Révolution, soutien de la République. (créé en 1789, le club des Jacobins s'était installé dans l'ancien couvent des Jacobins rue Saint Honoré. Ce couvent appartenait à l'ordre des Dominicains , dont le premier établissement à Paris était situé rue Saint Jacques, ce qui fait qu'indirectement les terribles révolutionnaires jacobins devaient leur nom à ...Saint Jacques !)

Fouquier-Tinville, l'accusateur public, le collègue de la hache du bourreau, qui n'était pas plus coupable qu'elle, puisqu'il n'avait fait qu'obéir aux ordres du Tribunal révolutionnaire, comme la hache lui avait obéi à lui-même, Fouquier-Tinville est guillotiné avec quinze juges ou jurés du Tribunal révolutionnaire.

Pour que la réaction soit complète, l'exécution a lieu en place de Grève.
L'ingénieuse invention de M. Guillotin a repris sa première place : seulement, les gibets ont disparu : l'égalité de la mort est consacrée.
(la guillotine fonctionna en France pour la première fois le 25 avril 1792 place de Grève, actuelle place de l'Hôtel de Ville, avant d'être déplacée place du Carrousel puis place de la Révolution, où furent exécutés Louis XVI, Marie Antoinette, Danton, Robespierre etc).

Le 1er prairial (il s'agit du premier prairial an III, c'est-à-dire du 20 mai 1795), Paris s'aperçoit que décidément il meurt de faim. La famine pousse les faubourgs sur la Convention. Hâves, déguenillés, affamés, ils envahissent la salle des séances ; le député Féraud est tué en voulant défendre le président Boissy d'Anglas.

Vu le trouble que cet événement a porté dans l'assemblée, Boissy d'Anglas s'est couvert.
On lui présente la tête de Féraud au bout d'une pique. Il se découvre pieusement, salue et remet son chapeau sur sa tête.

Seulement, pendant ce salut, de demi-révolutionnaire qu'il était, Boissy d'Anglas est devenu à moitié royaliste....

...Fréron (né à Paris en 1754, d'abord journaliste, ce Fréron fut élu député de Paris à la Convention le 14 septembre 1792, il siégea avec les Montagnards) ne savait pas s'arrêter dans sa cruauté, ne sachant point s'arrêter dans sa faiblesse. Envoyé à Marseille (il agissait comme député de la Convention « représentant du peuple en mission », il représentait en fait le Tribunal révolutionnaire qui avait été institué le 10 mars 1793) , il en fut l'épouvante. Carrier avait noyé à Nantes, Collot d'Herbois avait fusillé à Lyon ; à Marseille, Fréron fit mieux : il mitrailla.

Un jour qu'il supposait, après une décharge d'artillerie, que quelques-uns des condamnés s'étaient laissés tomber en même temps que ceux qui avaient été atteints et contrefaisaient les morts, le temps lui manquant pour passer, avant la nuit, la revue des survivants, il cria :

Que ceux qui ne sont pas morts se relèvent, la patrie leur pardonne.
Les malheureux qui étaient restés sains et saufs crurent à cette parole et se relevèrent.
Feu ! Cria Fréron.

Et l'artillerie recommença ; seulement, cette fois, la besogne était bien faite, personne ne se releva plus.....(cela se passa fin octobre 1793, en bas de la Canebière. Fin décembre 1793, le même Fréron organisait les massacres à Toulon).

Quand il revint à Paris, Paris avait fait un pas vers la clémence ; l'ami de Robespierre se fit son ennemi, le jacobin fit un pas en arrière et se trouva être cordelier. Il flairait le 9-Thermidor...

...Elle (il s'agit de la Convention qui gouverna la France du 21 septembre 1792 au 26 octobre 1795. C'est durant cette période que se situe « la Terreur » qui fit selon les estimations 200.000 morts en France dont 40.000 par la guillotine) avait été mère cruelle.

Elle avait dévoré les girondins, les cordeliers et les jacobins, c'est-à-dire les plus éloquents, les plus énergiques, les plus intelligents de ses enfants.
Mais elle a été fille dévouée.

Elle a combattu à la fois, et avec succès, les ennemis du dehors et les ennemis du dedans.
Elle a maintenu l'unité et l'indivisibilité de la France.

Elle a mis quatorze armées sur pied ; elle les a mal nourries, c'est vrai ; mal habillées, c'est vrai ; mal chaussées, c'est vrai ; plus mal payées encore. Qu'importe ! Ces quatorze armées ont non seulement partout repoussé l'ennemi hors de la frontière, mais elles ont pris le comté de Nice, la Savoie, fait une pointe en Espagne et mis la main sur la Hollande.

Elle a créé le grand-livre de la dette nationale , l'Institut, l'Ecole polytechnique, l'Ecole normale, le musée du Louvre et le Conservatoire des arts et métiers.(Dumas fait plusieurs oublis dont le principal est l'instauration du système métrique).
Elle a rendu huit mille trois cent soixante-dix décrets, la plupart révolutionnaires.

Elle a donné aux hommes et aux choses un caractère excessif. La grandeur était gigantesque, le courage téméraire, le stoïcisme impassible.

Jamais plus froid dédain n'a été professé pour le bourreau, jamais le sang n'a été répandu avec moins de remords.

Veut-on savoir pendant ces deux ans (en fait 3), c'est-à-dire de 1793 à 1795, combien il y a eu de partis en France ?

Il y en a eu trente-trois. Veut-on connaître les noms donnés à chacun d'eux ? :

Ministériels -Partisans de la vie civile – Chevaliers du poignard – Hommes du 10 août -Septembriseurs -Girondins -Brissotins -Fédéralistes -Hommes d'Etat -Hommes du 31 Mai -Modérés -Suspects -Hommes de la plaine -Crapauds du Marais -Montagnards.
Voilà pour 1793 seulement. Passons à 1794 et à 1795 :

Alarmistes -Apitoyeurs -Avilisseurs -Endormeurs -Emissaires de Pitt et Cobourg -Muscadins -Hébertistes -Sans-culottes -Contre-révolutionnaires -Habitants de la crête -Terroristes -Maratistes -Egorgeurs -Buveurs de sang -Thermidoriens -Patriotes de 1789 -Compagnons de Jéhu -Chouans. …

...La Révolution ne pouvait être bien défendue que par ceux qui l'avaient faite, et qui avaient intérêt à la perpétuer. Or quels étaient ceux-là ?

Les conventionnels qui avaient aboli la constitution féodale le 14 juillet et le 4 août 1789 ; qui avaient renversé le trône le 10 août 1792 ; qui, le 21 janvier (1793) avaient fait tomber la tête du roi ; et qui, du 21 janvier jusqu'au jour où l'on était arrivé, avaient lutté contre l'Europe, avaient lassé la Prusse et l'Espagne, au point de leur faire demander la paix, et avaient repoussé l'Autriche au-delà de nos frontières....

...Ainsi, cette grande Convention nationale de France, qui avait renversé une monarchie de huit siècles, qui avait fait chanceler tous les trônes, qui avait fait trembler l'Europe, qui avait chassé les Anglais de la Hollande, les Prussiens et les Autrichiens de la Champagne et de l'Alsace ; repoussé l'Espagne à soixante lieues au-delà des Pyrénées ; écrasé deux Vendées, cette grande Convention nationale de France qui venait de réunir à la France Nice, la Savoie, la Belgique et le Luxembourg ; dont les armées, débordant sur l'Europe, avaient franchi le Rhin comme un ruisseau et menaçaient de poursuivre jusqu'à Vienne l'aigle de la maison de Habsbourg, la Convention ne possédait plus à Paris que le cours de la Seine, de la rue Dauphine à la rue du Bac, et, de l'autre côté de la rivière (en fait du fleuve la Seine) que le terrain compris entre la place de la Révolution et la place des Victoires, n'ayant pour la défendre contre tout Paris que cinq mille hommes et un général à peu près inconnu »

La scène ci-dessus se passe la veille du 13 vendémiaire, c'est-à-dire le 4 octobre 1795. La convention est face à une insurrection de grande ampleur conduite par les royalistes qui sont quasiment maîtres de Paris. Le général inconnu dont il est question est Napoléon Bonaparte, que Barras va chercher pour sauver la Convention.

Bonaparte envoie Murat récupérer des canons grâce auxquels il va foudroyer la noblesse sur le parvis de l'église Saint Roch, sauvant ainsi la Convention, mais l'on connaît la suite. Quelques jours plus tard, la Convention fait place au Directoire dominé par Barras. Pour prix de ses services, Bonaparte est nommé général en chef de l'armée d'Italie où il accumule les victoires avant de partir pour l'Egypte et d'en revenir pour le coup d'Etat du 18 brumaire qui renversa le Directoire pour le Consulat avec comme premier consul....Bonaparte.

« Le changement c'est maintenant » pourrait être le slogan de toutes les révolutions. Mais ce slogan ne dit pas si le changement va être en mieux ou en pire !

J.D. 24 février 2013

assignat révolutionnaire de 1795 ou 1796

assignat révolutionnaire de 1795 ou 1796

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