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11 juillet 2014 5 11 /07 /juillet /2014 18:19

Benito Mussolini (29.7.1883/28.4.1945) vint à Locarno à l'occasion de la réunion internationale qui se tint en octobre 1925 (voir la fiche N°184 http://jean.delisle.over-blog.com/2014/07/une-lettre-allemande-du-7-septembre-1925-n-184.html).

Dans « Briand » tome VI (publié en 1952), Georges Suarez parle de « l'événement » et dresse le portrait de Mussolini. On tiendra compte, bien sûr, que la guerre était terminée et Mussolini mort depuis 7 ans lorsque Suarez écrit. Cela vaut néanmoins son pesant de moutarde ou dans la circonstance son pesant de pizza Margherita ! Voici le texte :

« Le même jour (14 octobre 1925) Mussolini arriva. Il était depuis qu'il avait conquis le pouvoir en 1922, la grande attraction européenne. Il avait surgi dans un moment tragique de l'histoire italienne. Tout allait à la dérive, les gouvernements se succédaient dans le chaos et l'impuissance. Le Parlement était paralysé par la peur, le syndicalisme et les partis étaient déchirés par les agitateurs, les anarchistes, les fascistes, les communistes. On se battait dans les rues, les usines, les casernes. Les effets d'une guerre sur la légitimité de laquelle l'opinion était encore divisée, les résultats d'une paix dont l'Italie se disait victime, les conséquences de la crise économique qui avait suivi la disparition des industries de guerre, les excitations démagogiques qui avaient remué la classe ouvrière, la fragilité des institutions parlementaires, la faiblesse des cadres sociaux avaient atteint simultanément en l'année 1922 leur point culminant. Toutes ces causes rassemblées avaient désarticulé le pays, l'avait livré au jeu des convoitises et des ambitions. Pendant quelque temps, la vague d'anarchie n'avait pas rencontré d'obstacles. Puis, devant la menace, l'instinct de conservation avait réagi. Un homme était apparu qui avait rassemblé et organisé les sentiments et les énergies populaires. Et le fascisme était né.

Ce n'était pas celui dont le même homme avait rêvé trois ans plus tôt. Le fascisme n'était pas un mot nouveau dans le vocabulaire de la péninsule. Il était apparu pendant la guerre dans le langage des interventionnistes, puis en 1919 dans celui des anciens combattants, de quelques socialistes et syndicalistes. Il avait alors pour principe la République, pour essentielles revendications un suffrage universel élargi et la démocratisation des institutions. Sauf ces quelques clichés qui n'avaient pas le mérite de l'originalité, il n'y avait guère plus d'idées dans le système de Mussolini que dans un prospectus électoral. Sa pensée était d'une indicible pauvreté mais la force de ses muscles et l'exigence de son ambition allaient suppléer à ses lacunes intellectuelles.

Sa présence à la tête d'un mouvement socialiste et révolutionnaire n'avait surpris personne. Son passé agité de militant et de révolté le désignait pour tenir ce rôle. Mais ce fascisme républicain et travailliste eût végété longtemps dans l'impuissance et l'illégalité si la jeunesse bourgeoise et universitaire, les coureurs d'aventures qui avaient suivi d'Annunzio, attirés davantage par le dynamisme du chef que par les doctrines du parti, n'étaient venus grossir les rangs faméliques des premières cohortes. Cette clientèle nombreuse et choisie avait des idées et des sentiments qui ne ressemblaient pas à ceux du fascisme originel. Submergé par cet afflux nouveau, le mouvement avait dévié vers le conservatisme et le nationalisme. Mussolini, pour garder le gros de ses troupes, sans perdre ses premiers disciples, s'était soustrait à ce qu'il avait appelé lui-même la camisole de force des questions préalables. L'évolution de Mussolini entre 1919 et 1922 avait été d'une rapidité sans exemple. (il y a ensuite un assez long développement pour expliquer que de républicain, Mussolini était devenu royaliste pour ne pas perdre ses troupes majoritairement royalistes).

Cette dérobade s'était produite dans un moment où le choix aventuré d'une idéologie trop précise pouvait entraîner le fascisme à sa perte. Au ministère Bonomi avait succédé un ministère Facta. Celui-ci tombé en juillet 1922, s'était reformé après une crise de trois semaines et les échecs retentissants du vieux chef politique pour constituer un cabinet. Alors, Mussolini tenta le destin. A la tête de ses bataillons, il marcha sur Rome et cette randonnée sans risques et sans obstacles sur les débris d'un régime vermoulu, s'acheva dans l'apothéose de la conquête du pouvoir.

Arrivé au pinacle par un coup de force où la force avait à peine servi, Mussolini avait suppléé par l'action à l'indécision de son programme, à l'indigence des idées, aux divisions de son mouvement. Il n'était ni idéologue ni doctrinaire. Il venait en droite ligne de la démagogie primaire et déclamatoire et portait sur sa tête têtue la responsabilité de pas mal de désordres. Il était étranger au fascisme comme il l'avait été au socialisme révolutionnaire auquel l'avaient acculé une jeunesse désespérée et une ambition effrénée.

Les idées pour lui n'étaient pas une fin, mais un moyen. Cependant, il avait admirablement réalisé celles des autres et condensé les nervosités d'un état de conscience national. Ses nombreux biographes ont noté l'horreur instinctive qui l'étreignait dès l'enfance quand l'odeur de l'encens se répandait à l'heure de l'office, dans l'église de son village. Ils ont aussi noté la haine qui s'exhalait de lui quand il avait le dessous dans des pugilats d'écolier. Ces deux traits suffiraient à expliquer l'instinct de domination qui tyrannisait le futur dictateur avant qu'il ne tyrannisât les hommes. Dans la petite bourgade de Forli (ville de l'Emilie-Romagne située à l'intérieur des terres à environ 25 kms de Ravenne et 50 de Rimini) où il vivait d'un maigre salaire d'instituteur, ses compatriotes fuyaient son caractère irascible et sa fourberie. Las un jour de cette vie de gagne-petit et de cette claustration dans une école de village, il avait emprunté quarante-cinq lires à sa mère pour prendre le train. Puis il s'était abandonné au hasard et à l'aventure. Ses thuriféraires devaient faire de Mussolini de ce temps-là une sorte de vagabond sublime alors qu'il ne fut selon des témoins plus dignes de foi, qu'un besogneux d'une espèce assez vulgaire.

Introduit dans les milieux révolutionnaire de Genève, il s'était signalé par un athéisme farouche, inexorable et rudimentaire. Un pauvre pasteur qu'il avait mis à mal dans une réunion publique, lui avait jeté sans rancune ces paroles prophétiques : à quarante ans tu seras réactionnaire et tu lécheras les escarpins du Vatican.

Expulsé de Genève comme anarchiste, il était revenu dans son pays à la faveur d'une amnistie et avait accompli, avec quelque retard, son service militaire. Libéré, il s'était fait journaliste et avait collaboré à la feuille irrédentiste de Cesare Battisti.(les « irrédentistes » réclamaient le rattachement à l'Italie de tous les territoires de langue italienne ainsi que ceux qui avaient appartenu à l'Italie). Vers ce temps-là, Mussolini cédait ostensiblement à l'attrait de la France et ressentait pour l'Allemagne une répulsion intellectuelle et physique. A un ancien capitaine il écrivait : Il est bon de se rappeler sans cesse les héros qui sont tombés pour l'unité de la patrie, mais il est mieux encore de se préparer à faire de nos poitrines un rempart infranchissable pour le cas où les Barbares du Nord voudraient réduire l'Italie à une notion géographique.

Le 13 novembre 1914, à Parme, il s'était écrié : Il est une basse vermine qui reproche à la Belgique de s'être défendue, à la France des Droits de l'Homme, ne voulez-vous donc offrir que des phrases ?

Peu après s'était dessiné chez les socialistes (italiens) un mouvement en faveur de la guerre contre les Centraux (empire allemand, empire austro-hongrois et empire ottoman). Mussolini était parti pour les tranchées, s'y était bien battu, avait été blessé.

Je suis fier d'avoir teinté de mon sang la route de Trieste écrivait-il à un ami, non sans quelque emphase.

Cette guerre et le rôle modeste mais courageux qu'il y avait tenu devaient servir de tremplin à sa réussite. Indifférent aux doctrines, en révolte contre les partis, il avait joué toute sa chance sur les déceptions de la victoire et le mécontentement des combattants jusqu'au jour où les fautes du régime et les excès communistes eurent rallié à lui tous ces éléments apeurés ou sains du pays.

Sa dictature avait trois ans quand il vint à Locarno. Elle servait de pendant dans le monde à celle de Lénine et les positions adoptées par l'opinion à l'égard du fascisme se ressentaient de cette inévitable confrontation avec le bolchevisme. Pour les uns, Mussolini était un rempart contre la révolution. Pour les autres, il était l'ennemi du progrès et du peuple. Le parallèle entre les deux hommes s'imposait. A Moscou, un visionnaire orgueilleux et frénétique qui avait voué sa vie à un idéal ; à Rome un homme de main vaniteux et madré qui avait sacrifié plusieurs programmes à un triomphe. D'un côté un doctrinaire fanatique, de l'autre un chef, qui n'avait d'autres règles que son humeur et son ambition. N'étaient-ce pas elles qui le ramenaient victorieux et puissant sur ce sol libre de Suisse où il avait vécu misérable et traqué ? La revanche était trop belle, pour qu'il n'eût pas été tenté de la prendre. A Locarno il était attendu avec plus de curiosité que de sympathies... »

Commentaires :

Le texte de Suarez est très explicite. Sa description de l'état de l'Italie en 1922 explique pourquoi les Italiens ont suivi Mussolini. Les mêmes causes produisant les mêmes effets dans le même contexte, c'est pour des raisons analogues que Lénine prit le pouvoir en Russie en 1917, Hitler en Allemagne en 1933, qu'eut lieu en France la Révolution de 1789 et beaucoup d'autres ailleurs.

En Allemagne en outre, depuis plusieurs siècles, l'opinion attendait « l'homme ». Voir le texte d'Alexandre Dumas dans « la terreur prussienne » ou la fiche N°83 http://jean.delisle.over-blog.com/article-la-terreur-prussienne-114461627.html.

Hitler dut être identifié à « l'homme ».

Aujourd'hui, une bonne partie du monde musulman attend le retour du douzième imam, « l'imam caché » ou « Mahdi », disparu en l'an 868. Voir la fiche N°29 http://jean.delisle.over-blog.com/article-ali-62454205.html

On a vu ce qu'a donné en Allemagne « l'homme ». Pourvu qu'un autre illuminé ne parvienne pas à se faire passer pour l'imam caché !

J.D. 11 juillet 2014

médaille destinée à la jeunesse  et trouvée en mai 1943 dans une école italienne de Tunis par Monsieur Edouard Cattoir professeur d'histoire en retraite en Savoie

médaille destinée à la jeunesse et trouvée en mai 1943 dans une école italienne de Tunis par Monsieur Edouard Cattoir professeur d'histoire en retraite en Savoie

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