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25 janvier 2014 6 25 /01 /janvier /2014 16:28

Hélas les batailles font partie de l'histoire des sociétés humaines et certains sites compte-tenu de leur situation géographique ont été au fil des siècles, à plusieurs reprises, les témoins de la folie des hommes. C'est le cas de Tannenberg aujourd'hui situé en Pologne mais en 1914 en Prusse orientale.

Le 28 juillet 1914, l'empire Austro-Hongrois avait déclaré la guerre à la Serbie, le 29, c'était la Russie qui déclarait la guerre à l'Autriche, le 1er août l'Allemagne déclarait la guerre à la Russie puis à la France et à la Belgique le 3 août.

Le plan de l'état-major allemand était de mener une guerre-éclair contre la France puis de retourner toutes leurs forces contre la Russie. Ils avaient en mémoire la guerre de 1870 qui avait vu la défaite très rapide de la France.

Le 17 août 1914, deux armées russes envahissaient la Prusse orientale avec comme objectif de prendre Königsberg (aujourd'hui Kaliningrad en Russie) puis de foncer sur Berlin. Chaque armée russe était forte de 400.000 hommes : la première armée au nord commandée par le général Pavel Rennenkampf et la seconde plus au sud commandée par le général Alexandre Samsonov.

Les Allemands qui avaient envoyé l'essentiel de leurs troupes envahir le Luxembourg le 2 août, la Belgique le 4 août puis la France, à partir du 18 août, n'avaient laissé sur le front oriental que la VIIIe armée forte de 200.000 hommes.

Sous les coups de boutoir russes, les armées allemandes en net état d'infériorité reculèrent. L'état-major allemand sortit alors de sa retraite le général Hindenbourg qui avait fait la guerre de 1866 contre l'Autriche et celle de 1870 contre la France. C'était un vieux renard, assisté de Ludendorff, il parvint par d'habiles manœuvres à isoler d'abord la seconde armée dans le secteur de Tannenberg et à l'anéantir entre le 26 et le 29 août 1914. Dans cette bataille, les Allemands eurent 12.000 tués ou blessés et les Russes 78.000. En outre 93.000 Russes furent fait prisonniers et les Allemands s'emparèrent de 500 canons enfin selon les chiffres disponibles aujourd'hui mais en sachant qu'ils diffèrent un peu d'un auteur à l'autre. Le général russe Samsonov se suicida le 29 août. Hindenbourg quant à lui obtint le titre de Maréchal.

Ludendorff termina le travail en éliminant entre le 7 et le 15 septembre la première armée russe dans la région des lacs de Mazurie où les Allemands perdirent 40.000 hommes et les Russes 60.000. La guerre sur le front de l'est se poursuivit mais l'invasion de la Prusse par les Russes était stoppée.

On n'était plus au temps où les Romains étaient vainqueurs de Gaulois 6 fois plus nombreux (comme à Alésia en 52 avant notre ère) et on peut se demander comment expliquer cette défaite russe avec une telle disproportion de forces. Les 2 généraux russes se haïssaient cordialement ce qui ne facilita pas leurs communications ni leur coordination. Mais au delà de cela on trouve une explication sous la plume de Georges Suarez dans sa biographie de Briand, tome 3 publié en avril 1939, chapitre 1 où il écrit :

« Sur le front oriental, les troupes du tsar aux prises avec l'armée allemande depuis le 24 (août 1914) étaient finalement écrasées à Tannenberg et s'enfuyaient, abandonnant entre les mains de l'ennemi, en plus du territoire conquis, toute l'artillerie, le ravitaillement et des milliers de blessés et de prisonniers. La défaite de Tannenberg fut la plus retentissante que connurent les champs de bataille de l'Europe orientale. Aux premières vagues illusions que les maigres succès du fameux rouleau compresseur russe avaient fait déferler sur l'opinion française, succédait la décevante réalité de l'impréparation militaire des cadres tsaristes, de la corruption des généraux, de la misère des troupes, de toutes les tares asiatiques qui rongeaient l'armature du vieil empire slave. Ce fut cependant son gouvernement qui, au lendemain de la catastrophe de Tannenberg, prit l'initiative de proposer à la France et à l'Angleterre une alliance aux termes de laquelle les trois pays s'engageaient à ne pas conclure de paix séparée. L'accord fut signé dans les premiers jours de septembre. Il devait être brisé en 1917 par le fait de cette même Russie qui l'avait imposé . »

Arrivé au pouvoir Lénine signa un traité d'armistice avec les Allemands dès le 15 décembre 1917 et le traité de paix de Brest-Litovsk le 3 mars 1918.

L'armée française n'était guerre mieux préparée. Voilà ce qu'écrit Suarez au moment de la mobilisation générale :

« Mais tout manquait : vivres, équipements, armes. On refusait des engagés volontaires parce que le gouvernement ne pouvait pas les habiller. On renvoyait les classes 1893 et 1896 pour supprimer des bouches inutiles. On fabriquait des munitions au petit bonheur et dans des proportions qui ne correspondaient pas aux besoins... ».

Il semble que seul l'Empire allemand était prêt à la guerre en août 1914, cela explique que dans les premières semaines, les Allemands rentrèrent en France comme dans du beurre. Ils parvinrent à 70 kms de Paris. Joffre qui était commandant en chef avait prévu un repli sur une ligne au sud de Paris avant de lancer une contre-offensive. Cela livrait Paris aux Allemands. Millerand qui était alors Ministre de la guerre soutenait Joffre.

Il y eut Conseil des ministres les 29 et 30 août 1914. Aristide Briand qui était revenu au gouvernement s'opposa fermement à l'abandon de Paris. La prise de Paris par les Allemands aurait eu en termes moral, psychologique et politique un effet désastreux.

Briand fut soutenu par Albert Sarraut, Agutte Sembat et Jules Guesde. Millerand céda et ordonna à Joffre de remonter les troupes et de protéger Paris et ce fut la bataille de la Marne du 6 au 12 septembre 1914. Gallieni qui était chargé de Paris avait réquisitionné 600 taxis (les fameux taxis de la Marne) pour acheminer les troupes. Cela stoppa l'avance allemande et sauva Paris. Le gouvernement avait quitté Paris pour Bordeaux le 2 septembre.

Sous l'influence du parti socialiste conduit par Jean Jaurès, l'opinion publique française avant la guerre était devenue largement pacifiste, anti-militariste et ne voulait pas de la guerre. Jaurès croyait dur comme fer que, par dessus les frontières, les prolétaires s'entendraient et empêcheraient la guerre. Ainsi dans une réunion socialiste en septembre 1907, il déclarait : « Le devoir des prolétaires si la guerre leur était imposée contre leur volonté, est de retenir le fusil qui leur est confié, non pas pour abattre leurs frères de l'autre côté de la frontière, mais pour abattre révolutionnairement le gouvernement de crime » (rapporté par Suarez, tome 2 chapitre X).

Jean Jaurès fut assassiné le 31 juillet 1914 au bar « Le Croissant » à Montmartre. Voici ce qu'écrit Suarez sur les derniers jours et même dernières heures de Jaurès (biographie de Briand, tome 3 chapitre I) :

« le 29 juillet (1914) Jaurès avait reçu dans un bureau de la Chambre (des députés) le socialiste allemand Hermann Muller qui lui avait assuré que son parti ne voterait pas au Reichtag les crédits de guerre, si la France donnait un témoignage de son attachement à la paix. Jaurès, impressionné par la vertigineuse cadence des événements, espérait en ralentir la marche par un grand geste moral, par une sorte de coup de théâtre de la conscience française. Espérait-il intimider l'adversaire, l'amener à un repentir soudain devant la preuve de sa responsabilité ? Il voyait Viviani (alors président du Conseil), Malvy (alors ministre de l'Intérieur) , tous les membres radicaux du gouvernement, les suppliait de tenter l'impossible pour empêcher la guerre »

Et voici pour le 31 juillet :

« Les couloirs de la Chambre retentissaient des imprécations de Jaurès contre Iswolsky (diplomate russe) et son gouvernement. La guerre était là, enveloppant l'univers de sa menace, et il ne la voyait pas ou ne voulait pas la voir. L'homme était ulcéré par le démenti brutal des événements et le normalien était touché dans ses affinités intellectuelles les plus chères. C'était autant le prophète malheureux que l'apologiste dupé de la philosophie allemande qui exhalait son angoisse. Il haïssait la guerre comme l'expression la plus hideuse de la force ; cette chute de la paix bouleversait son être et ses conceptions. Ses cris indignés attiraient tout le monde....

Il était environ cinq heures quand Jaurès quitta la Chambre. Sur le seuil, il rencontra Malvy, ministre de l'Intérieur, et levant les bras au ciel, il l'apostropha en ces termes : Eh quoi ! Monsieur le ministre, vous allez permettre cela ! La France de la Révolution entraînée par les moujiks contre l'Allemagne de la Réforme...Ces distinguos métaphysiques au moment où les canons allemands roulaient vers la frontière, donnent une idée de l'ampleur et de la puissance d'illusion des rêveries de Jaurès. Un peu plus tard, il arrivait au Quai d'Orsay, à la tête d'une délégation de socialistes pour demander à Viviani de ne pas engager la France derrière la Russie....

Le soir de ce même jour, à 9 heures et demie il s'asseyait en face de Renaudel (journaliste à l'Humanité), au restaurant du Croissant, rue Montmartre, et parlait avec lui de son article pour le lendemain.

Je vais écrire un nouveau J'accuse, disait Jaurès. J'accuse la Russie d'avoir voulu la guerre. J'accuse la France de n'avoir pas su l'empêcher. Il en était là, quand, soudain, deux coups de feu éclatèrent. Une femme cria : Jaurès est tué ! »

J.D. 25 janvier 2014

François-Ferdinand sur un timbre de 1917 de Bosnie Herzegovine (sous administration de l'Autriche), posté à Sarajevo

François-Ferdinand sur un timbre de 1917 de Bosnie Herzegovine (sous administration de l'Autriche), posté à Sarajevo

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